CASNAV de l’académie de Créteil

FLE / FLM / FLS / FLSco : distinction des notions

11 / 02 / 2018

La distinction entre ces quatre notions (français langue étrangère, français langue maternelle, français langue seconde et français langue de scolarisation) peut être analysée du point de vue du statut de la langue ou du point de vue de la didactique de la langue.

  • Le statut de la langue

    Chaque langue peut, selon une personne ou un contexte donné avoir un statut de langue maternelle, de langue étrangère ou de langue seconde.

    • Ainsi, le français constitue une langue dite "maternelle" (FLM) dans des contextes comme celui de la France métropolitaine, du Québec, de la Wallonie ou de la Suisse Romande puisque c’est la langue de première socialisation de la plupart des enfants, celle dans laquelle ils construisent leurs premiers apprentissages.
    • En revanche, le français constitue une langue seconde (FLS ou FL2) dans des contextes comme l’Afrique subsaharienne puisqu’il y bénéficie d’un statut particulier : il est souvent une des langues officielles, celle qui permet l’intercompréhension entre les différentes communautés linguistiques et celle dont la maîtrise est indispensable pour accéder aux études supérieures, à la culture ou à des postes à responsabilités (notamment dans l’administration).
    • Le français peut constitue une langue de scolarisation (FLSco ou FLS) quand il est la langue de l’école (qu’il s’agisse, pour les élèves d’une langue première ou d’une langue seconde). Le français de scolarisation a, selon M. Verdelhan-Bourgade (1), un triple rôle :

      - elle est d’abord matière d’enseignement : sa place est réservée dans les instructions officielles, les programmes et la matière est inscrite à l’emploi du temps" (p. 29) ;

      - elle a un rôle de médiation puisqu’elle doit permettre aux élèves "de mener à bien des apprentissages fondamentaux et d’apprendre d’autres disciplines" (p. 30) ;

      - Enfin, "langue de tous les enseignements, langue permettant les apprentissages scolaires, langue de la communication scolaire, elle conditionne l’insertion dans le système et la réussite scolaire à travers des évaluations en tous genres, depuis l’oral quotidien de la classe jusqu’à la certification ultime" (p. 30).

      -J.-L. Chiss (2), quant à lui, pour sortir de cette expression globalisante propose de distinguer le français comme langue de communication de l’espace scolaire, comme langue d’enseignement (langue des contenus disciplinaires) et comme langue d’apprentissage (langue des interactions didactiques : consignes, explications, évaluations).

    • Enfin, le français a un statut de langue étrangère (FLE) dans tous les autres contextes où il peut être appris comme n’importe quelle autre langue étrangère. Il n’a alors aucun statut particulier comparativement aux autres langues étrangères enseignées.

    En France, le français est la langue de première socialisation de la plupart des enfants, c’est la seule langue officielle (langue de l’administration, des médias et de l’enseignement) et c’est la langue d’enseignement. L’anglais, l’espagnol, l’italien, le russe etc. constituent des langues étrangères mais aucune d’entre elles n’a de statut particulier, il n’y a donc pas, institutionnellement, de langue seconde en France. Cependant, l’anglais étant la langue étrangère la plus apprise en France, on peut dire que c’est une langue étrangère privilégiée. Parallèlement, le français constitue une langue seconde pour une grande majorité des publics migrants.

      La didactique de la langue

      La distinction entre la didactique du FLM, du FLE et du FLS s’appuie sur le statut que la langue représente pour l’ensemble des individus à laquelle elle s’adresse.

      Ainsi, la didactique du Français Langue Maternelle (DFLM) s’adresse à des élèves qui ont eu le français pour langue de première socialisation. Son objectif est de permettre aux élèves de communiquer et de vivre en société, de structurer chacun dans sa relation au monde et de participer à la construction de soi puisque la langue française facilite l’entrée dans tous les enseignements et leurs langages (programme de cycle 2, 2015). La langue littéraire, les genres de discours, les types de textes et l’analyse de la langue sont au coeur de la didactique du FLM.

      A l’opposé, la didactique du Français Langue Etrangère (DFLE) s’adresse à ceux qui souhaitent apprendre la langue dans un objectif de communication quotidienne. Toute séquence de FLE s’articule autour de quatre grandes compétences : la compréhension orale, la compréhension écrite, la production orale et la production écrite. La place de l’oral et des actes de parole (demander son chemin, commander un repas, etc.) est prépondérante par rapport à l’écrit et à l’analyse de la langue qui ne sont pas des objectifs essentiels de la didactique du FLE.

      La didactique du français langue seconde (DFL2 ou DFLS) prend souvent appui sur celle du FLE, puisque le français n’est pas la langue première des apprenants. Toutefois, puisque les apprenants évoluent dans un contexte endolingue (la langue du cours est celle de l’extérieur) et que la langue doit leur permettre de s’insérer socialement et professionnellement, les objectifs à atteindre sont spécifiques.
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      La didactique du Français Langue de Scolarisation (FLS ou FLSco), se limite quant à elle, au cadre scolaire. Son objectif est la maîtrise des usages que les différentes disciplines scolaires font de la langue. Ces usages se manifestent par des discours, des éléments linguistiques (lexique, structures syntaxiques) et des savoir-faire disciplinaires spécifiques ou communs à plusieurs disciplines. Si, pour réussir à l’école, l’élève allophone se doit d’apprendre le français, il doit également apprendre à devenir élève du système scolaire français et donc en adopter les règles de comportement (règles d’interaction, de prise de parole, demande d’aide etc.). Ce savoir être élève relève également de la didactique du FLSco.

      Notes

      Dans la littérature scientifique, la notion de français langue seconde peut, selon les auteurs, être notée FL2 par opposition à celle de français langue de scolarisation (FLSco) qui est alors notée FLS.

      (1)Le français de scolarisation - Pour une didactique réaliste, PUF, Paris, 2002

      (2)" Enseigner et apprendre en français. Des « langues » de l’école aux discours didactiques", Le français dans le monde – Recherches et applications, pp. 59-64.