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Accueillir des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs dans sa classe

20 / 05 / 2020

Ce document a été rédigé par le Groupe Départemental BD EFIV 77

Comme les autres, les familles de « gens du voyage »* ont à la fois le droit et le devoir de scolariser leurs enfants. Quelle que soit la durée de leur séjour dans l’école, ces enfants doivent donc pouvoir profiter autant que possible des mêmes apprentissages que les autres élèves de leur classe. Ils seront accueillis dans leur classe d’âge, ou dans celle au plus près de leur âge si c’était le cas dans l’école précédemment fréquentée.

Si certains enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (EFIV) ne connaissent pas de difficultés scolaires particulières, d’autres sont parfois très loin du niveau attendu à leur âge. Pour vous aider à cerner rapidement ces élèves, voici quelques observations sur les obstacles et les difficultés scolaires rencontrées de manière récurrente.

Ainsi, des prérequis qui peuvent sembler aller de soi, par exemple le rapport au temps, à l’espace, la connaissance des couleurs, des lettres de l’alphabet, la tenue d’un outil scripteur …. doivent-ils parfois être vérifiés avant de proposer certaines situations ; le cas échéant, un travail spécifique sur ces prérequis devra remplacer l’activité proposée au reste de la classe. Bien sûr, s’il nous a paru utile de vous faire connaître ces observations, on se gardera bien de considérer que tous les EFIV « cumulent » l’ensemble de celles-ci : chaque élève et chaque famille doivent être appréhendés dans leur singularité.

Dans leur famille, les EFIV ne connaissent souvent aucune contrainte depuis leur naissance (repas, repos, besoins et jeux quand ils veulent), d’où une difficulté à accepter celles de la vie de classe (rester assis, rester silencieux, demander l’autorisation, etc.) qui leur apparaissent rarement « évidentes ». Le couchage en caravane et l’accès souvent laissé à la télé ou aux jeux vidéo font que certains EFIV sont parfois très fatigués dès le matin : en parler avec la famille sur le registre de l’inquiétude commune (« Comme vous Madame, nous voulons que votre fils profite de ses heures à l’école pour faire des progrès. Dans son intérêt, vous devez l’obliger à aller se coucher… »).

Absence de livres, de magazines ou de journaux dans les caravanes, ou d’exemples d’adultes lisant dans un but qui ne soit pas directement fonctionnel entrainent des représentations erronées à la fois de l’acte et des finalités de la lecture. Ainsi, très souvent, lire c’est oraliser le plus vite possible les syllabes et/ou deviner les mots à partir des premières lettres, sans chercher à comprendre ce qui est écrit, ou, à l’inverse, inventer la suite grâce à ce qui est compris sans vérifier par le décodage.

Si la très grande majorité des familles du voyage souhaitent sincèrement que leurs enfants apprennent à lire/écrire, leurs représentations erronées de ces activités les conduisent aussi à une représentation erronée du travail spécifique qu’implique cet apprentissage (« Mon fils, il faut que tu sois bien sage avec la maîtresse » devrait suffire pour apprendre) : présence quotidienne, lecture le soir, etc.

En plus de ces représentations, la vie en caravane rend presque impossible les devoirs « à la maison ». L’espace-temps de l’intimité n’existe pas chez les jeunes voyageurs. Par ailleurs, l’isolement nécessaire à la lecture peut être vécu comme une coupure avec le groupe. Parmi les voyageurs, les représentations de l’espace et du temps sont très différentes de celles en vigueur dans le reste de la société et à l’école. De plus, très rares sont ceux qui utilisent des cartes routières ou des calendriers (il n’est pas rare que des EFIV de fin de cycle 3 ne sachent pas réciter les mois de l’année par exemple).

Vivant en caravanes, les EFIV ne connaissent souvent pas du tout le vocabulaire lié à la maison et aux activités qui s’y déroulent (qui constituent pourtant souvent l’univers de la littérature de jeunesse), ils utilisent parfois couramment des mots pourtant peu usités à l’école (« souliers » plus souvent que « chaussures ») ou emploient différemment les mêmes mots (« robinet » pour tout le lavabo, « canapé » pour tout ce qui ressemble à un fauteuil, « moineau » pour tous les oiseaux, etc.).

Les familles ne parlent pas toujours une langue autonome distincte du français (le manouche par exemple), mais plutôt un français, proche d’un français populaire mais avec quelques spécificités. Par exemple, beaucoup confondent les sons on et an (en fait ils disent et entendent un son « entre les deux »), ce qui explique les fautes d’orthographe sur ces graphèmes (qu’il devient difficile de corriger au cycle 3). La langue écrite n’est pas vue comme relevant d’un ordre différent de la langue orale impliquant des spécificités (« ça se dit mais ça ne s’écrit pas »).

Ayant souvent peu fréquentés la maternelle (même si avec l’obligation d’instruction dès 3 ans, cela s’améliore considérablement), les EFIV au CP présentent de fait des lacunes dans les domaines propres à l’entrée dans l’écrit :
- identifier des sons dans des mots ;
-comprendre que l’écrit code l’oral ;
- réciter l’alphabet, nommer les lettres dans différentes graphies ;
- écrire son prénom en cursive ;
- distinguer les concepts de son/syllabe/mot/phrase (parfois encore au cycle 3) ;
- se repérer dans la page d’écriture (marge, ligne/interligne, première ligne d’ écriture) ;
- développer une motricité fine pour écrire, coller, découper, etc.

De nombreux EFIV de cycle 3 connaissent encore des difficultés pour :
- se repérer dans un livre (par méconnaissance du vocabulaire : couverture, auteur, sommaire, ligne/phrase/paragraphe/page, etc.) ;
- comprendre un texte, par méconnaissance du vocabulaire employé et des expressions imagées de la langue française (comprises au premier degré, comme « avoir le compas dans l’œil » !), difficulté à suivre les chaînes anaphoriques ;
- saisir l’implicite des textes et l’intention de l’auteur (l’humour chez Bernard Friot par exemple) ;
- nommer et écrire les nombres (>100) en chiffres ;
- se représenter la situation d’un problème de mathématiques.

Pour conclure, insistons sur le fait qu’une bonne partie des progrès de l’élève est conditionnée par la confiance mutuelle que vous réussirez à instaurer avec les parents et avec l’élève.


*La formule « gens du voyage » est une appellation administrative qui désigne les familles vivant dans un habitat mobile. Ces familles peuvent se définir par ailleurs comme étant Manouches ou Gitans (relevant donc, avec les Roms, de la lignée des Tsiganes) et rares sont celles qui voyagent encore aujourd’hui même si presque toutes vivent en caravane. Mais les familles de « gens du voyage » peuvent aussi ne pas s’inscrire dans ces lignées : ce sont les Yéniches (non Tsiganes) qui, pour leur part, sont presque tous itinérants. En Seine-et-Marne, on rencontre surtout des sédentaires et des itinérants qui se disent Manouches et/ou Gitans, et quelques sédentaires qui se disent Voyageurs (sous-entendu non-Manouches). Peu importe.

 

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