FLE / FLM / FLS / FLSco

La distinction entre ces quatre notions, peut être analysée du point de vue du statut de la langue ou du point de vue de la didactique de la langue.

  • Le statut de la langue

Chaque langue peut, selon une personne ou un contexte donné, avoir un statut de langue maternelle, de langue étrangère ou de langue seconde.
Ainsi, le français constitue une langue maternelle (FLM) dans des contextes comme celui de la France métropolitaine, du Québec, de la Wallonie ou de la Suisse Romande puisque c’est la langue de première socialisation de la plupart des enfants, celle dans laquelle ils construisent leurs premiers apprentissages.
En revanche, le français constitue une langue seconde (FLS)dans des contextes comme l’Afrique Noire francophone puisqu’il y bénéficie d’un statut particulier : c’est souvent une des langues officielles, celle qui permet l’intercompréhension entre les différentes communautés linguistiques et celle dont la maîtrise est indispensable à toute personne qui souhaite accéder aux études supérieures, à la culture ou à des postes à responsabilités (notamment dans l’administration). Le français constitue alors la langue de scolarisation (FLSco), qui a, selon M. Verdelhan-Bourgade
(1), un triple rôle :

-  « elle est d’abord matière d’enseignement : sa place est réservée dans les instructions officielles, les programmes et la matière est inscrite à l’emploi du temps » (p. 29) ;

- elle a un rôle de « médiation » puisqu’elle doit permettre aux élèves « de mener à bien des apprentissages fondamentaux et d’apprendre d’autres disciplines » (p. 30) ;

- « Langue de tous les enseignements, langue permettant les apprentissages scolaires, langue de la communication scolaire, elle conditionne l’insertion dans le système et la réussite scolaire à travers des évaluations en tous genres, depuis l’oral quotidien de la classe jusqu’à la certification ultime » (p. 30).

J.-L. Chiss, quant à lui, la décrit comme une langue globalisante, langue de communication de l’espace scolaire, langue d’enseignement (langue des contenus disciplinaires) et langue d’apprentissage (langue des interactions didactiques : consignes, explications, évaluations).

Enfin, le français a un statut de langue étrangère (FLE) dans tous les autres contextes où il peut être appris comme n’importe quelle autre langue étrangère. Il n’a alors aucun statut particulier.

En France, le français est la langue de 1ère socialisation de la plupart des enfants, c’est la seule langue officielle (langue de l’administration, des médias et de l’enseignement) et c’est la langue d’enseignement. L’anglais, l’espagnol, l’italien, le russe etc. constituent des langues étrangères mais aucune d’entre elles n’a de statut particulier, il n’y a donc pas de langue seconde en France. Cependant, l’anglais étant la langue étrangère la plus apprise en France, on peut dire que c’est une langue étrangère privilégiée.

  •  La didactique de la langue

La distinction entre la didactique du FLM, du FLE et du FLS s’appuie sur le statut que la langue représente pour l’ensemble des individus à laquelle elle s’adresse.
Ainsi, la didactique du Français Langue Maternelle s’adresse à des élèves qui ont eu le français pour langue de première socialisation. Son objectif est de « faire accéder tous les élèves à la maîtrise de la langue française, à une expression précise et claire à l’oral comme à l’écrit » (programmes 2008 de l’école primaire). Pour cela, les élèves sont placés très tôt en situation d’analyse de la langue afin d’en mieux comprendre le fonctionnement. La langue littéraire, les genres de discours et les types de textes sont au cœur de la didactique du FLM.

A l’opposé, la didactique du Français Langue Etrangère s’adresse à ceux qui souhaitent apprendre la langue dans un objectif de communication quotidienne. Toute séquence de FLE s’articule autour de quatre grandes compétences : la compréhension orale, la compréhension écrite, la production orale et la production écrite. La place de l’oral et des actes de parole (demander son chemin, commander un repas, etc.) est prépondérante par rapport à l’écrit et à l’analyse de la langue qui ne sont pas des objectifs essentiels de la didactique du FLE.

La didactique du FLS
, encore largement en construction, prend souvent appui sur celle du FLE, puisque le français n’est pas la langue première des apprenants, mais vise les objectifs de la didactique du FLM puisque ces derniers doivent acquérir une maîtrise de la langue française similaire à celle d’un locuteur natif.
La didactique du Français Langue de Scolarisation (FLSco), se limite quant à elle, au cadre scolaire. Son objectif est la maîtrise des usages que les différentes disciplines scolaires font de la langue. Ces usages se manifestent par des discours, des éléments linguistiques (lexique, structures syntaxiques) et des savoir-faire disciplinaires spécifiques ou communs à plusieurs disciplines. Si, pour réussir à l’école, l’élève allophone se doit d’apprendre le français, il doit également apprendre à devenir élève du système scolaire français et donc en adopter les règles de comportement (règles d’interaction, de prise de parole, demande d’aide etc.). Ce « savoir-être élève » relève également de la didactique du FLSco.

Laurence CORNY
Formatrice CASNAV de Créteil

Note
Dans la littérature, la notion de français langue seconde (FLS) peut être notée FL2 par opposition à celle de français langue de scolarisation (FLSco) qui est alors notée FLS.

[1] Le français de scolarisation - Pour une didactique réaliste, PUF, Paris, 2002