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Accueillir un EFIV : le nom d’école et le « romeno lap »

20 / 04 / 2020

Les Enfants issus des Familles Itinérantes et de Voyageurs (EFIV) possèdent généralement deux prénoms : le romeno lap, "nom manouche" ou lap, "nom" que l’on peut définir comme étant « le nom en usage au sein de la communauté » (1) et un nom pour les papiers.

Jean-Luc Pouyeto (2) explique que « le prénom est désigné par les Manouches comme étant le "nom d’école", c’est-à-dire celui qu’on utilise à l’école et d’une manière générale dans les institutions. ». Le prénom ou nom d’école est donc réservé aux papiers d’identité ou administratifs. Il permet de mettre une distance entre la sphère privée et la société environnante représentée par les Gadjé.

Fréquemment, le nom manouche est unique car chez les Tsiganes on ne prononce pas le nom des morts. On ne peut donc pas porter le nom d’un défunt. « Aussi, poursuit Jean-Luc Pouyeto (3), chaque nomination est une invention qui s’appuie sur un jeu entre le son et le sens à partir d’un matériau linguistique aussi bien manouche que gadjo […], le romeno lap est le produit d’une transformation de ce matériau linguistique en un mot nouveau, unique, "propre", dont les phonèmes sonnent comme si c’était un nom manouche » (4).

Le nom d’école
Lorsqu’on interroge à ce sujet les enfants issus de familles de voyageurs, on constate qu’ils distinguent très nettement le romeno lap du "nom pour les papiers", comme en témoignent leurs propos : « Non, à la maison, je m’appelle Marc parce que sur les papiers, ils m’appellent Charly comme papa » ou bien « Sur mes papiers, c’est marqué Charles, mais à la maison, je m’appelle Ref » (6) . Les enseignants sont fréquemment déconcertés par cette habitude culturelle de donner deux noms aux enfants du voyage, ces derniers pouvant ne pas répondre lorsqu’on les appelle, dans le cadre scolaire, par le prénom indiqué sur la fiche de renseignements. Lors de l’inscription à l’école, il faut penser à demander aux familles, le prénom auquel l’enfant répond.

Dans une recherche, Marie Treps (7), linguiste, évoque l’évolution des prénoms chez les Tsiganes de Lorraine. Elle y explique que les prénoms affirment le désir des gens du voyage de se différencier des Gadjé, (Reff, Reuter, Noétie). Ils témoignent aussi de l’influence des feuilletons télévisés américains (Kimberly, Dan, Ryan, Kevin, Charly…), voire de références à des dessins animés (Mulan ou Disney).
En revanche, avec le développement du Pentecôtisme(8) venu des Etats-Unis, apparaissent des prénoms bibliques comme David et Ethan, car pour les adeptes de ce mouvement religieux, il s’agit de se démarquer des pratiques culturelles considérées comme stigmatisantes.


Références bibliographiques et notes de bas de page :
(1) Marie Treps, Usages actuels du Romeno Lap, une approche de terrain, Etudes tsiganes Vol. 1 Revue semestrielle n°16, Langue et culture 2003, p.56
(2) Jean-Luc Pouyeto, Manouches et mondes de l’écrit, Karthala, 2012, p.125
(3) Jean-Luc Pouyeto, Manouches et mondes de l’écrit, Karthala, 2012, pp.126-127
(4) Par exemple, le nom tchounay est construit à partir du mot anglais tonight.
(5) Charly, 7 ans, scolarisé en CP en Seine et Marne
(6) Charles, 10 ans, scolarisé en CE2, en Seine et Marne
(7) Marie Treps, Usages actuels du romeno lap une approche de terrain, Etudes tsiganes Volume 1 Revue semestrielle n° 16 Langue et culture 2003, p.73
(8) Le pentecôtisme est un mouvement religieux protestant, né au début du XXe siècle aux États-Unis. Il appartient à la mouvance du protestantisme messianique qui annonce le retour prochain du Christ. Il met l’accent sur l’efficacité de l’agir divin, qui se manifeste dans le monde par les miracles, les guérisons, et la prophétisation. Le pentecôtisme valorise avant tout l’expérience et l’émotion. Il se caractérise par des cérémonies avec une ferveur spectaculaire. Chez les Pentecôtistes, tous les Hommes sont frères ; il n’y a pas d’inégalité de classe ou de sexe. Chez les Tsiganes, le Pentecôtisme pourrait être une réponse à au processus d’urbanisation qui a engendré une forme de délinquance et une destructuration de leurs traditions (alcool, drogue...). Le Pentecôtisme apporterait une nouvelle forme d’organisation et une nouvelle forme d’autorité qui redonnerait vigueur à ce qui serait perdu dans l’urbanisation. Les cérémonies pentecôtistes réintroduiraient une chaleur, le partage, la solidarité que la vie quotidienne n’offrait plus étant donné l’urbanisation, ce seraient un moyen de se reposes des agressions de la société. Selon Michel Delsouc, cette pratique religieuse est en parfaie harmonie avec les référents tsiganes : moment présent, frime, organisation spatiale, miracles… (Tsiganes, qui sont-ils ? Ville, Ecole, Intégration, Scéren, 2005,p.57)

 

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